Feature Article of Sunday, 18 June 2017

Columnist: Agnès Béatrice BIKOKO et Paul OMBIONO

L’école camerounaise doit être refondée

Depuis plusieurs années, tous les discours, fora et activités de terrain sont menés pour l’atteinte d’une éducation de qualité pour tous. Pourtant au fil des années, la dégradation de la qualité de l’éducation s’intensifie (milieux scolaires en piteux état, apprenants de plus en plus agressifs, durée de l’année scolaire se rétrécissant année après année, école délabrée, salaires symboliques pour les enseignants, pauvreté ambiante ne permettant pas aux parents de pourvoir aux besoins de leur progéniture, programmes scolaires se situant presqu’à contre-courant de l’actualité, de l’environnement).

C’est ainsi qu’au quotidien, des attitudes et autres comportements déplorables se développent : jet des ordures dans tous les sens et insalubrité notoire, absence d’eau potable en permanence dans les établissements scolaires, vente des stupéfiants, absence de latrines et autres coins d’aisance. Mais qu’est-ce donc qu’une éducation de qualité ?

Pour l’Internationale de l’Education (l’IE) c’est une éducation qui repose sur trois piliers : des enseignants de qualité, des outils de qualité et un environnement de qualité. Indéniablement la qualité des enseignants est une préoccupation de premier plan. Ceux-ci doivent posséder des connaissances morales, intellectuelles, académiques et personnelles requises pour le niveau d’éducation dans lequel ils livrent leurs prestations. S’agissant des outils de qualité, il s’agit des programmes d’études qui doivent être adaptés aux besoins réels de la société ; des matériels didactiques qui doivent être d’actualité et adaptés à l’environnement économique et social ; des ressources (investissement dans le matériel didactique et autres infrastructures scolaires). Quant à l’environnement de qualité, il doit être favorable, sûr et sécurisé avec des dispositions permettant aux enseignants d’être efficaces.

Ces piliers sûrement sont pris en compte au Cameroun et donc l’éducation est de qualité. Mais il y a un grand décalage entre ce qui est enseigné et le vécu au quotidien. Dans aucune école n’est enseigné explicitement la pollution ou la destruction de son milieu de vie. C’est pourtant ce qui se fait au quotidien. Les valeurs de la citoyenneté et de la vie en communauté sont en principe partagées et inculquées, mais l’on assiste au triomphe de la corruption, des détournements de fonds, de l’insalubrité, de la paresse. Pourquoi ces contradictions ?

La Fédération camerounaise des syndicats de l’éducation (FECASE) pense que le problème est ailleurs, qu’il faut repenser l’école. Qu’est-ce qu’on donne dans les établissements scolaires comme valeurs républicaines aux enfants et aux jeunes citoyens ? La crise des années 1990 liée aux revendications démocratiques n’a-t’elle pas générée une perte des valeurs ? N’assiste-t-on pas à une crise de l’exemplarité, des hommes qui portent des valeurs et sur qui les jeunes peuvent s’identifier ? Faut-il conclure qu’il n’existe plus de modèles ? Cela est d’autant plus dangereux que les attitudes négatives des adultes influencent beaucoup les jeunes.

Pour une éducation au service d’un développement qui s’inscrit dans la durabilité, l’école camerounaise doit être refondée afin qu’elle s’intègre dans son contexte et son temps.